Article de Daniel Feurtey

Prix littéraire des Conseillers pédagogiques 2013


Une voix dans la nuit, tel est le titre du manuscrit primé en cette année 2013.
La déclinaison du mot voix dans le titre a évolué du manuscrit au roman. En effet à l’origine, l’auteur avait envisagé d’orthographier voie – v.o.i.e.
Certes, Kevin, le héros non voyant du roman a besoin des voix - v.o.i.x. – de ses interlocuteurs pour se repérer mais la dépendance à son entourage pèse de plus en plus sur son moral. Sa soeur Marion l’a bien compris et c’est elle qui va transformer la voix – v.o.i.x. – en voie – v.o.i.e. – avec l’aide de Patrick, son professeur en EPS. Elle va proposer à Kevin de s’entraîner sur un mur pour pouvoir relever le défi d’emprunter une voie d’escalade en extérieur. Kévin en se dépassant pour y arriver, démontrera ainsi à ses proches que l’autonomie chez les personnes handicapées est un but accessible.

Des voix - v.o.i.x. -, il y en a de nombreuses dans ce roman qui se veut également sonore :
- Des voix douces, compatissantes et solidaires celles de la soeur Marion, de l’amie Alice ou de la tante de Kevin, Mado.
- Des voix dures où la jalousie et l’incompréhension font que le ton monte dans l’entourage masculin immédiat de Kevin.
- Les voix des parents parfois dépassés par la gestion du handicap de leur fils qu’ils ont toujours voulu surprotégé. Chez les parents, on trouve tous les tons : persuasifs, consolants, autoritaires, exaspérés ou conciliants selon la situation. Il faut dire que les parents sont à la fois confrontés à la crise d’adolescence de leur fils avec tous les premiers émois que cela crée et à la difficulté de l’inclusion de Kevin qui, bien que bon élève dans l’établissement spécialisé où il est inscrit, voudrait connaître une meilleure insertion dans la société et une plus large autonomie.

Guillemette Comby, l’auteure lauréate, a su partager sa propre sensibilité avec un style mettant les sensations en exergue.
Deux exemples pris lorsque Kevin est accompagné par son amie pour changer de look :
- chez le coiffeur : Regardez, est-ce que la longueur vous convient. Aussitôt, elle se mord la langue. Excusez – moi, c’est un réflexe.
Ne vous inquiétez pas. Est-ce que je peux regarder à ma façon ? Avant qu’elle n’ait répondu, Kevin explore avec délicatesse ses cheveux du bout des doigts. La coiffeuse médusée regardent ces doigts experts qui sentent avec intelligence les longueurs et les volumes de la coiffure.
J’aime bien dit Kevin, derrière, je les préfèrerais un peu plus courts…

- dans le magasin de vêtements : Ils explorent ensuite les magasins de sport. Kevin cherche les textures qui lui plaisent. Mado lui indique les tailles, les couleurs. Il a un coup de coeur pour une polaire à capuche moelleuse, douce, noire et grise et un pantalon caverne d’Ali Baba dont les multiples poches lui permettront d’avoir plein d’objets à portée de doigts.
De tels extraits évoquent le toucher mais le roman se veut également démultipliant le sens de l’odorat. Kevin utilise les parfums pour catégoriser dans sa tête les personnes qu’il croise : un parfum collant comme une guimauve. Kevin se sent agressé par cet effluve épais qui s’approche. Il s’attend à une voix douceâtre mais découvre une jeune femme énergique. Encore un parfum mal accordé.
Comme le dit sa soeur Marion, Kevin a un cerveau de crotale pour les odeurs, des tentacules au bout des doigts et l’ouïe du dauphin.

Un roman tel qu’une voix dans la nuit, rappelle combien une inclusion réussie dans les écoles est nécessaire. Il permet également au lecteur de percevoir combien l’objectif d’accompagner les aidants familiaux est essentiel. Des possibilités de pause, de détente, de liberté doivent être offertes aux aidants car on ne peut être disponible pour accompagner une personne handicapée que si l’on est bien dans sa tête et son corps, que si l’on n’est pas usé au quotidien par la dépendance.
Une voix dans la nuit, un roman pour la jeunesse apte à toucher un public sensible à la différence !
Le roman est publié aux éditions SEDRAP, partenaire du prix depuis vingt ans. 

Extrait de l’article de Daniel Feurtey,

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